Boire l’eau du riz : danger ou véritable allié santé ?

L’eau de cuisson du riz est un liquide blanchâtre, chargé principalement en amidon dissous, en traces de vitamines du groupe B et en quelques minéraux libérés par le grain pendant la cuisson. Boire l’eau du riz fait l’objet d’un engouement récent sur les réseaux sociaux, présentée tantôt comme un remède digestif, tantôt comme une boisson minceur. La réalité nutritionnelle est plus nuancée, et un paramètre rarement abordé change la donne : l’arsenic.

Arsenic dans l’eau de cuisson du riz : le point aveugle

Le riz absorbe naturellement l’arsenic inorganique présent dans les sols et l’eau d’irrigation. Ce contaminant se retrouve dans le grain, mais aussi – et c’est le nœud du problème – dans l’eau de cuisson.

Les méthodes recommandées pour réduire l’arsenic dans le riz reposent justement sur le fait de cuire le grain dans un grand volume d’eau, puis de jeter cette eau. Cette technique permet de diminuer la teneur en arsenic du riz fini de manière significative, parfois de moitié ou davantage.

Boire l’eau de cuisson revient donc à ingérer le contaminant qu’on cherchait à éliminer. Les articles qui vantent les bienfaits de cette boisson omettent presque systématiquement cette donnée. Le raisonnement est simple : si l’arsenic migre du grain vers l’eau pendant la cuisson, récupérer cette eau pour la consommer annule l’effet protecteur de l’égouttage.

Un cadre réglementaire qui se durcit

Le règlement (UE) 2023/915 a abaissé les limites maximales d’arsenic inorganique dans le riz usiné. Les seuils sont encore plus stricts pour les produits à base de riz destinés aux nourrissons et aux jeunes enfants. Ce durcissement traduit une préoccupation croissante des autorités sanitaires face à l’exposition chronique, même à faibles doses.

Pour les adultes, une consommation occasionnelle d’eau de riz ne pose probablement pas de risque aigu. En revanche, en faire une habitude quotidienne augmente l’exposition cumulée à l’arsenic inorganique, un élément classé cancérogène pour l’humain.

Pichet d'eau de riz translucide sur table en bois avec riz cru et menthe fraîche

Eau de riz et digestion : ce que l’amidon fait réellement

L’usage le plus documenté de l’eau de riz concerne la gestion des diarrhées légères. L’amidon dissous dans l’eau agit comme un épaississant naturel dans le tube digestif : il ralentit le transit et favorise la réabsorption d’eau au niveau du côlon.

Ce mécanisme fonctionne, mais dans un cadre précis. L’eau de riz ne remplace pas une solution de réhydratation orale (SRO) en cas de déshydratation sévère. Elle constitue un complément, pas un traitement.

Flore intestinale et glycémie

L’amidon du riz, une fois refroidi, se transforme partiellement en amidon résistant. Ce type d’amidon n’est pas digéré dans l’intestin grêle et atteint le côlon, où il nourrit certaines bactéries bénéfiques de la flore intestinale. L’eau de riz refroidie contient une fraction de cet amidon résistant, mais en quantité modeste comparée à une portion de riz froid entier.

Sur la glycémie, l’effet est marginal. L’eau de riz contient du glucose et de l’amidon rapidement digestible. Elle ne constitue pas une boisson intéressante pour réguler la glycémie, contrairement à ce que certains contenus en ligne laissent entendre.

Peau et cheveux : séparer la tradition des preuves

L’eau de riz est utilisée depuis des siècles en Asie pour le soin des cheveux et de la peau. L’eau de rinçage (avant cuisson) ou l’eau fermentée sont les formes traditionnellement employées, pas l’eau de cuisson à proprement parler.

En application externe, l’amidon de riz peut avoir un effet adoucissant temporaire sur la peau. Pour les cheveux, certaines utilisatrices rapportent un effet lissant et gainant. Aucune étude clinique de grande envergure ne confirme toutefois un bénéfice durable ou supérieur à un soin cosmétique classique.

L’usage externe ne pose pas le problème de l’arsenic, puisque l’absorption cutanée de ce contaminant reste très faible. Si l’eau de riz présente un intérêt, c’est davantage en application topique qu’en boisson.

Homme lisant un article sur les bienfaits de l'eau de riz dans une cuisine moderne

Précautions concrètes pour limiter les risques

Pour celles et ceux qui souhaitent tout de même consommer de l’eau de riz ponctuellement, plusieurs précautions réduisent l’exposition aux contaminants :

  • Choisir un riz cultivé en agriculture biologique et, si possible, de variétés réputées moins concentrées en arsenic (riz basmati, riz cultivé en altitude)
  • Rincer le riz abondamment avant cuisson, en changeant l’eau plusieurs fois, pour éliminer une partie de l’arsenic de surface
  • Consommer l’eau de cuisson rapidement après préparation, car elle constitue un milieu propice au développement bactérien à température ambiante
  • Ne pas en faire une boisson quotidienne : une consommation ponctuelle limite l’accumulation d’arsenic

La conservation au réfrigérateur ne doit pas dépasser vingt-quatre heures. Au-delà, le risque de prolifération microbienne rend la boisson impropre à la consommation.

Boire l’eau du riz au quotidien : bilan nutritionnel réel

Le contenu nutritionnel de l’eau de cuisson du riz reste faible. On y trouve principalement de l’amidon, des traces de vitamines B1 et B6, un peu de magnésium et de potassium. Ces apports sont négligeables par rapport à une alimentation équilibrée.

L’idée que l’eau de riz aide à perdre du poids ne repose sur aucune donnée solide. L’eau de riz n’est ni une boisson minceur ni un substitut nutritionnel. Sa valeur calorique est faible, mais son apport en nutriments l’est tout autant.

En tant que remède ponctuel contre une diarrhée légère, elle garde une utilité reconnue. En tant que boisson santé quotidienne, le rapport bénéfice-risque penche du mauvais côté, principalement à cause de la migration de l’arsenic inorganique dans l’eau de cuisson.

Le geste le plus raisonnable reste de jeter l’eau de cuisson pour réduire l’arsenic dans le riz consommé, et de réserver l’eau de rinçage (non cuite) aux usages cosmétiques externes, où elle ne pose pas de problème sanitaire.